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13/09/2014 16:16:01 GMT

La chimie, une aventure passionnante

Lisa Gourdon, cette jeune fille gracieuse aux longs cheveux blonds si discrète, nous l'avions croisée au concours national des 29es Olympiades de chimie où elle représentait l'académie de Créteil. En juillet dernier, elle portait les couleurs de la France lors des Olympiades internationales de chimie (IChO) qui avaient lieu à Hanoï au Vietnam. Rencontrée lors de la cérémonie de célébration des Olympiades internationales (chimie, physique et géosciences) qui avait lieu le vendredi 10 octobre 2014, à l'Observatoire de Paris, elle nous a parlé de son parcours "olympiques".

ONC : Tu as participé en 2013 aux Olympiades nationales de la chimie, quel souvenir en gardes-tu ?

Lisa Gourdon - Je me remémore souvent ce premier véritable contact que j'ai eu avec le monde de la chimie. Certains candidats venaient de loin, il y avait une candidate du lycée français d'Hô-Chi-Minh au Vietnam, des candidats de Nouvelle-Calédonie et de Mayotte et beaucoup de candidats d'autres académies qui n'étaient jamais venus à Paris. Nous occupions tout l'hôtel ! Le dernier soir, nous avons frappé à plus de 20 portes pour convier tout le monde à dîner avec nous.
Pour ce qui est du concours, j'ai trouvé que les épreuves étaient bien posées et très intéressantes : même en passant l'examen, on apprenait des choses ; que ce soit à la conférence sur laquelle portait le questionnaire, ou lors de l'épreuve pratique que j'ai beaucoup aimée...

ONC : Que t'a apporté cette participation ?

Lisa Gourdon travaillant sous le contrôle de Peggy Mennesson, jury des 29e Olympiades de chimie

Lisa Gourdon travaillant sous le contrôle de Peggy Menneson, jury des 29es Olympiades de chimie

LG - Elle m'a fait faire de gros progrès en chimie et m'a permis de me conforter dans l'idée que c'était bien dans ce domaine que je voulais poursuivre mes études. J'ai été impressionnée par l'intérêt que nous portaient les industries chimiques ! De plus, mon abonnement à l'Actualité chimique me permet d'être informée des dernière nouveautés en matière de chimie. En tant que participante de la région Île-de-France, j'ai été conviée à une visite d'une usine Arkema, lors de laquelle j'ai découvert pour la première fois le monde industriel.

ONC : Est-ce que ça t'a incité à poursuivre l'expérience en participant aux Olympiades internationales ?

LG - Oui, c'est justement cette première expérience aux ONC qui m'a poussée à aller en classe préparatoire au lycée Marcelin-Berthelot, où je savais que je pourrais participer aux Olympiades Internationales. Cela a été déterminant dans mon choix sur APB (Admission Post Bac).

ONC : En juillet dernier, tu faisais partie des 4 lauréats français représentant la France aux Olympiades internationales de chimie. Quelle est la différence avec les Olympiades nationales ?

LG - Les Olympiades Internationales ont ajouté une dimension solennelle au concours. Je ne l'avais pas trop ressentie lors de la préparation à Paris, mais une fois au Vietnam, j'ai compris que représenter son pays était quelque chose de très particulier. Les autres candidats français et moi, nous étions tous très intéressés par les autres cultures et partager la sienne fût une expérience fantastique.

Nous étions 250 concurrents, ce qui était très impressionnant. De plus les chaînes de télévisons vietnamiennes se sont beaucoup intéressées aux Olympiades. J'étais très loin d'imaginer la dimension que cet événement prendrait.

Mais avant tout ça, la préparation a été très intensive : nous avons tout d'abord été 24 sélectionnés pour une semaine de formation à l'ENS, où nous avons essentiellement fait des TP. Les quatre sélectionnés à l'issue de cette semaine ont suivi 10 jours de cours théoriques avant le départ.

ONC : Quel est le niveau des autres étudiants dans le monde ?

LG - J'ai pu constater une grande différence de niveau entre les pays présents. Les États-unis, la Russie, la Chine, Singapour sont des pays qui ont traditionnellement un très bon niveau et la sélection de leurs représentants est vraiment stricte. D'ailleurs, certains ne sont pas allés aux activités proposées par le pays hôte, préférant consacrer leur temps à réviser. J'ai pu me rendre compte que les systèmes scolaires étaient extrêmement différents d'un pays à l'autre.
En Chine, par exemple, l'enseignement est beaucoup plus spécialisé de façon à former des élites dans chaque domaine, dont la chimie. Les élèves subissent une pression gigantesque.
De même, le Vietnam, qui accueillait les IChO cette année, n'était pas là pour faire de la figuration. Nos proches voisins allemands ont aussi un niveau supérieur au nôtre, et leur sélection comporte beaucoup plus d'étapes que la nôtre. Mais certains pays sont aussi moins bons, par exemple ceux d'Amérique du Sud, et surtout les pays entrés récemment aux Olympiades de Chimie, tels que le Nigéria, qui manque de moyens pour se préparer. Voir au-delà des frontières m'a permis de comprendre que le niveau que l'on a dans un pays est relatif : se confronter aux autres visions de la chimie est donc essentiel pour progresser.

ONC : Quel souvenir gardes-tu de cette participation ?

Lisa Gourdon en compagnie du la guide vietnamienne et de Thomas Vialon en habit traditionnel

Lisa Gourdon et de Thomas Vialon en habit traditionnel en compagnie de leur guide vietnamienne

LG - Une incroyable fraternité, une amitié véritable avec ma guide vietnamienne. Des épreuves très difficiles, particulièrement en théorie. Je n'ai hélas pas rapporté de médaille, mais ce fut une expérience fantastique, ma passion pour la chimie ne fait que s'accroître, ainsi que mon attrait pour découvrir d'autres pays. Je n'aurais jamais pu espérer partir aussi loin, découvrir des cultures si différentes, sans ce voyage que j'ai fait grâce à la chimie ! Les échanges avec les étudiants du monde entier (75 pays étaient représentés !) étaient extrêmement enrichissants.

ONC : Recommanderais-tu aux jeunes qui nous lisent de participer ? Quels conseils leur donnerais-tu ?

LG - Je souhaite que chacun puisse vivre une telle expérience. N'hésitez surtout pas, tout d'abord, à assister aux préparations en lycée. Ensuite, portez-vous candidats au concours national, ça ne coûte rien ! Travaillez de manière rigoureuse, mais sachez qu'il n'est pas nécessaire de tout apprendre par cœur en chimie : ce sont la logique et la créativité qui comptent. Si vous êtes sélectionnés dans les 24 premiers, pour passer une semaine à l'ENS, vous vous rendrez compte que la rigueur en TP est bien supérieure à celle que l'on peut avoir au lycée ! Les progrès que l'on fait sont surprenants. Les épreuves théoriques couvrent aussi plusieurs notions hors programme telles que la chimie quantique (théorie des orbitales moléculaires) qui ont attisé ma curiosité, en espérant qu'elle attise la vôtre aussi ! Ces notions me sont maintenant très utiles en deuxième année de prépa.

ONC : Tu es maintenant en classe préparatoire PC au lycée Marcelin Berthelot, que souhaites-tu faire par la suite ?

LG - Tout dépendra de mes résultats cette année. J'espère que mes notes en chimie, le soutien de mes professeurs de spé et de mes encadrants des IChO me permettront d'entrer à l'ENS en magistère, c'est-à-dire sans avoir le statut de normalien, mais en bénéficiant malgré cela de cours passionnants en chimie et de m'approcher du monde de l'enseignement et de la recherche. Je passerai également les concours aux écoles d'ingénieur pour en intégrer éventuellement une spécialisée en chimie. À l'issue de mes études, je me vois travailler dans la chimie bien sûr, mais je ne sais pas encore si ce sera en recherche, en ingénierie ou dans l'enseignement.

ONC : Que dirais-tu aux jeunes qui hésitent à faire de la chimie pour les motiver à s'orienter ?

LG - Je peux tout simplement leur donner les nombreuses raisons pour lesquelles j'aime la chimie. Parce qu'elle est riche d'un passé mouvementé, tantôt portée en triomphe, tantôt diabolisée, elle a cependant toujours été nécessaire aux progrès humains : nous nous devons de rejeter ces a priori négatifs. Et surtout, c'est un domaine d'avenir, nous aurons un rôle à jouer en tant que chimistes pour trouver des solutions novatrices. C'est également un secteur protégé du chômage. Créer quelque chose qui soit utile à la société, est une idée qui me plaît beaucoup. Il y a de nombreux métiers différents en chimie, de nombreuses disciplines : impossible de s'ennuyer !


Olympiades internationales de la chimie
En 2015, la compétition se tiendra à Bakou en Azerbaijan

Vous aimeriez faire partie des 4 candidats qui participent chaque année aux Olympiades Internationales de la chimie ? Signalez-vous auprès du représentant régional au plus tôt, la préparation commence en décembre, toutes les informations sur le site de la délégation française des IChO.

Olympiades nationales de la chimie
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